F. Chopin (1810-1849)

Concerto pour piano & orchestre n°1 Op. 11 en mi mineur


L'oeuvre de Chopin est presque entièrement destinée au piano. Il a écrit seulement deux concertos pour piano : celui en mi mineur n°1 op.11 a en fait été composé un an après le  concerto en fa mineur, édité plus tardivement et numéroté n°2 op.21 par les éditeurs.

 Frédéric Chopin avait 20 ans en 1830 quand il a composé le concerto en mi mineur. Il avait fini ses études musicales à Varsovie, ses capacités extraordinaires de pianiste étaient reconnues, et il composait depuis plusieurs années.  Il mûrit alors la décision de partir faire un long voyage d'études à l'étranger, ce qui le pousse à composer des concertos pour les interpréter en public en Europe. C'est le 11 octobre 1830 qu'il donne un concert d'adieux au Théâtre National de Varsovie, où il joue ce concerto. Le 2 novembre, il quitte Varsovie et n'y reviendra plus jamais. L'insurrection éclate fin novembre 1830 à Varsovie. Après Vienne et Munich,  il arrivera à Paris fin septembre 1831…

 

Il n'arrive pas à partir,  il ne sait quand il aura fini le concerto..

Les mois précédant son départ est un vrai feuilleton qu'on peut suivre dans ses lettres à son ami Titus Woyciechowski qui  a déjà quitté Varsovie :

Dès le 10 avril 1830, il décide : "Je donnerai un concert juste avant mon départ. J'y jouerai mon  nouveau concerto". Puis en mai : "Pour le terminer il faut être en veine, mais je ne me presse pas. Comme j'ai déjà le premier Allegro, le reste ne m'inquiète point." En septembre, l'inquiétude monte : "Je suis toujours ici, je ne me sens pas la force de fixer le jour de mon départ....je n'ai pas encore essayé le concerto…..rien ne m'attire nulle part…je n'ai cependant pas l'intention de rester à Varsovie.."

Le 22 septembre cependant tout est prêt : "…J'ai terminé mon deuxième concerto et devant lui je me trouve aussi ignorant qu'à l'époque où je ne connaissais rien encore du clavier. Il est tellement original que je crains de ne pas arriver à l'apprendre…" Mais le lendemain du concert : "Mon concert a bien réussi hier. Je n'ai pas eu du tout le trac ; j'ai joué comme si j'avais été tout seul. Tout fut bien. La salle était pleine. Bravos assourdissants…."

Après Varsovie, Chopin ne l'a exécuté publiquement que peu de fois, entièrement ou des mouvements séparés, et ne les a plus jamais joués après 1835. Mais ses élèves ont laissé de nombreux témoignages : il n'a jamais cessé de leur faire travailler ses concertos. Les élèves jouaient la partie de solo, pendant qu'il jouait par cœur "de façon prodigieuse" la partie d'orchestre à un second piano, au cours de concerts privés à domicile.

Les Critiques partagées

La Romance fut jouée à Paris par Chopin en décembre 1834 entre deux œuvres de Berlioz, avec orchestre. Berlioz en est frappé et écrit lyriquement à propos des dernières notes de ce mouvement : "Ainsi, après avoir suivi l'harmonieuse dégradation des demi-teintes d'un crépuscule du soir, on demeure immobile dans l'obscurité, l'œil toujours fixé sur le point de l'horizon où la lumière vient de disparaître".

Un autre critique en 1832 trouve au contraire : "…. Trop de luxe dans les modulations, du désordre dans l'enchaînement des phrases, de telle sorte qu'il semble quelquefois entendre une improvisation plutôt que de la musique écrite…"

 Chopin, lui, écrivait en mai 1830, en pleine phase de composition  : "L'Adagio… , c'est une romance calme et mélancolique. Il doit faire l'impression d'un doux regard tourné vers un lieu évoquant mille charmants souvenirs. C'est comme une rêverie par un beau temps printanier, mais au  clair de lune. Aussi l'accompagnement est-il en sourdine, c'est-à-dire avec des violons dont une sorte de peigne, posé sur les cordes, diminue la sonorité tout en la rendant nasillarde et argentine. Il est peut-être mauvais, mais pourquoi craindre d'écrire mal et en dépit de sa science.... Oui, c'est comme malgré moi qu'une idée m'entre par les yeux dans la tête et j'aime m'y complaire en commettant peut-être une erreur…"

 Sources :

Jean-Jacques Eigeldinger - Chopin vu par ses élèves

Chopin - Correspondance  -